Contexte et justification

Il est admis à l’heure actuelle que l’Afrique sera le prochain centre des opportunités économiques dans le monde : population jeune, croissante et ambitieuse; disponibilité de matières premières, situation géographique stratégique, taux de croissance économique remarquable et en constante progression, progrès des réformes économiques, amélioration du climat des affaires, disponibilité de terres cultivables etc.

Cependant, en dépit du nombre incommensurable de projets d’investissements qui s’y trouvent,  le financement de ces projets continue de constituer un énorme défi.  En effet, selon des données publiées par le Banque Africaine  de Développement en 2018, on évalue entre 600 et 700 milliards de $US, le montant des besoins annuels en investissement en Afrique dont entre 130 et 170 milliards de $US  en projets d’infrastructures.  Cette situation n’a fait que s’aggraver sous l’effet de la crise issue de la COVID 19. Aussi, si des secteurs comme ceux des mines et du pétrole tirent assez bien leur épingle du jeu, de nombreux autres pourtant essentiels  comme ceux des infrastructures, de l’énergie ou de l’Agriculture ont du mal à trouver du financement.

Et pourtant, ce ne sont pas les capitaux qui manquent dans le monde. À titre d’exemple, le groupe financier BlacRock aux États-Unis gère à lui seul, des actifs de plus de $US 6 000 milliards. Même sur place en Afrique, de très grandes banques telles Écobank disent crouler sous d’énormes liquidités, faute de bons projets à financer. Et ce sans compter le potentiel que pourrait comporter la mise en place et la saine gestion de fonds souverains dans les pays dotés des matières premières stratégiques.

Entre le Canada et l’Afrique, au moment où FinDev Canada prend son envol,  l’alliance pourtant prometteuse entre la Banque Nationale du Canada et le Groupe NSIA en Côte d’Ivoire semble connaître quelques difficultés. Cependant, la Banque Nationale du Canana conclut l’année 2019 par une nouvelle alliance stratégique avec la très dynamique Banque Attijawafa, institution financière marocaine, qui en un temps record, a  réussi à étendre sa présence dans presque toute la région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Selon des données de l’Infrastructure Consortium for Africa (ICA), pour la période 2012 à 2016, on peut faire les observations suivantes :  

  • les besoins de financements ne sont  pas comblés ;
  • les secteurs des infrastructures ayant le plus bénéficié de financement  ont été respectivement ceux du transport et de l’énergie;
  • les principaux bailleurs des fonds des infrastructures africaines ont été les gouvernements africains. Ainsi, en 2016,  cinq pays africains : Égypte, Angola, Afrique du Sud, Kenya et Nigeria avaient des engagements  supérieurs à 2 milliards de dollars; 
  • Au cours de cette période, la Chine en fut le premier bailleur de fonds extérieur.

Entre temps, grâce au phénomène de la migration internationale, l’Afrique reçoit de plus en plus de sa diaspora,  un flux sans cesse important de transferts financiers. En effet, selon l’African Institut of Remettances (AIR), ces transferts ont atteint le chiffre impressionnant de $US 65 milliards en 2017, soit plus du double du montant de l’Aide Publique au Développement (APD) qui pour cette même année, se chiffrait à  $US 29 milliards.  

L’objectif de l’APD qui avait été fixé pour pays donateurs à 0.7% de leur PIB, est très rarement atteint.  En 2017 par exemple, ce taux a été de 0.26% pour le Canada, 0.51% pour les pays de l’Union Européenne pris dans leur ensemble, contre 1% pour la Norvège, le Luxembourg et la Suède.

Dans les mêmes temps, le secteur privé de son côté est appelé à  faire plus d’efforts. En effet, tous secteurs confondus, les partenariats public-privé ont contribué pour $US 66,7 milliards de dollars entre 1990 et 2017, soit une moyenne annuelle de $US 2,47 milliards  sur une période de 28 ans.

Au-delà de toutes ces considérations, s’il y a un secteur qui pourrait y jouer un rôle significatif, c’est le secteur minier canadien puisque selon des chiffres de Ressources Minières Canada, les actifs miniers canadiens en Afrique ont été évalués en 2017 à $Can 26. 291 milliards pour les 110 sociétés canadiennes qui y opèrent. Ceci d’autant plus qu’il a sous son sillage, des ressources stratégiques et non renouvelables.  

Dans les faits, on constate en matière de financement des projets, une  différence entre les diverses régions d’Afrique :

  • l’Afrique du Nord  bénéficiant de sa proximité avec de l’Europe et des pays du Golf;
  • les pays de l’Afrique de l’Ouest regroupés au sein de la CEDEAO qui semblent rencontrer plus de difficultés;
  • il en est de même de ceux de l’Afrique Centrale;
  • l’Afrique de l’Est semble plus alimentée par des capitaux venant de l’Ile Maurice et les pays asiatiques, la Chine tout particulièrement;
  • l’Afrique Australe  dont les  locomotives sont l’Afrique du Sud et l’Angola, se débrouille en fonction de l’évolution des cours des ressources minières et pétrolières.

Par ailleurs, sous la houlette de la Banque Africaine de Développement, une nouvelle dynamique en matière de mobilisation du capital semble  s’amorcer, comme en témoignent les  deux événements suivants :

  • d’une part, la récente augmentation générale du capital de la Banque à hauteur de 125 %, faisant passer ce capital de 93 milliards de dollars à 208 milliards de dollars;
  • d’autre part, le succès remarquable des deux premières éditions de l’Africa Investment Forum (AIF) tenues à Johannesburg en novembre 2018 et 2019 qui ont permis de mobiliser respectivement, les  montants de 38.7 et 40 milliards $US pour des projets d’investissement en Afrique

Dans cette édition 2020 de notre conférence à Montréal, nous accorderons une attention particulière aux pays de l’Afrique de l’Ouest et ceux du Centre dont les économies sont reliées à travers le Nigéria qui en constitue à la fois la frontière et la locomotive.